Abbé de Rancé - deuxième dimanche de Carême

La lumière de la Tranfiguration

Le deuxième dimanche de Carême, les cisterciens avaient coutume de lire l'évangile dit de la Cananéenne (Mt 15,21-28) et de contempler Jésus apportant le salut à tous les hommes, même aux païens les plus étrangers à la révélation déjà accordée au peuple juif. Les pères médiévaux se posaient alors la question de la prédestination, qui ne supprime pas l'activité de l'homme, ni sa liberté : Dieu fait tout en nous, mais pas sans nous. Dans les ajustements liturgiques demandés par le Concile de Trente, l'Ordre de Cîteaux a révisé son missel et son lectionnaire pour les aligner sur ceux de l'Eglise latine dans son ensemble, et en 1656 l'évangile de la Transfiguration a donc commencé d'être lu à la messe du deuxième dimanche de Carême. 

Nous ne possédons pas les prédications liturgiques de l'abbé de Rancé, seulement des sermons qu'il donnait au chapitre et qui sont davantage des exhortations qu'un commentaire strict des textes liturgiques. Pour autant, ses proches, admirateurs parfois trop zélés, ont rassemblé ses notes pour former des Réflexions morales sur les quatre évangiles, publiées en 1699, soit encore du vivant de l'abbé.

« Jésus tira à part Pierre, Jacques et Jean son frère et les fit monter avec lui sur une montagne élevée, et il se transfigura devant eux. » (Mt 17,1)

Le genre littéraire des « réflexions morales » invite à une lecture attentive du texte pour en discerner les enseignements sur la manière de conduire sa vie (ses mœurs). Il ne s’agit pas d’un moralisme étriqué qui jugerait du bien et du mal, mais de l’éclairage que la Parole de Dieu, l’Evangile, donne sur la manière vraie et juste d’être humain.

Au premier niveau, ce sont ceux que les apôtres reçoivent en étant témoins de la scène. Comme toujours, c’est le Christ qui en est la source et la matière :

Seigneur, que de merveilles vous opérez par ce changement miraculeux qui se fait aujourd’hui dans votre personne, vous fortifiez vos disciples contre les tentations différentes que vos souffrances devraient leur causer, vous leur montrez par avance votre gloire en paraissant à leurs yeux dans cette splendeur immortelle, dans cette lumière inaccessible qui vous environne ; vous leur apprenez par cette nuée lumineuse qui couvre ce grand éclat, que la jouissance de ce bonheur était différée, et qu’il fallait qu’elle fût précédée par des peines, par des travaux et des persécutions. Vous voulez qu’ils sachent par la bouche de votre Père ce que vous lui êtes, quel respect et quelle soumission ils sont obligés d’avoir pour vos paroles, vos volontés et vos ordres.

Abbé de Rancé, Réflexions morales sur les quatre Évangiles, tome 1 p. 555

Si cette première réflexion n’a rien d’original – elle se trouve déjà chez les Pères de l’Eglise, que Rancé connaissait très bien – la suite porte plus la trace de sa sensibilité spirituelle :

Enfin, si le succès de votre mission, si l’œuvre dont vous êtes chargé vous impose une nécessité de vous faire connaître, votre humilité tout aussitôt vous retire, vous cache, et vous porte à ordonner à vos apôtres de taire un événement qui vous est si glorieux jusqu’à ce temps auquel votre nom sera révélé à la face de l’univers, lorsque le ciel, la terre et les enfers vous rendront les hommages, les honneurs et les adorations qui vous sont dues.

Abbé de Rancé, Réflexions morales sur les quatre Évangiles, tome 1 p. 556

Il ne faut pas anticiper la gloire, ne pas se tromper d’honneur ni de perspective. Et il l’applique dans le présent d’une vie humaine :

Cet exemple, Seigneur, fait voir à ceux qui ont reçu de votre miséricorde et de votre bonté des dons, des qualités, des talents qui sont propres pour leur attirer de l’estime et leur donner une distinction qui les élève au-dessus des autres hommes, de quelle manière ils doivent en user pour ne pas tomber dans un piège si dangereux et ne pas perdre pour une louange d’un moment, qui se dissipe comme de la fumée, cette récompense éternelle que Dieu prépare à ceux qui ont méprisé pour l’amour de lui cette complaisance vaine que produit en nous l’approbation des hommes. Il faut, Seigneur, pour éviter cet écueil qui se trouve dans le cours de leur navigation, qu’ils renoncent à cette fausse gloire, qu’ils l’ensevelissent dans l’obscurité en attendant ce moment bienheureux auquel vous examinerez à la clarté de vos lampes jusqu’aux moindres de nos actions, de nos sentiments, de nos pensées, pour rendre à tous en particulier et sans exception ce qu’ils auront pu mériter de votre justice, ou plutôt de votre miséricorde, par la pureté et par la fidélité de leur conduite.

Abbé de Rancé, Réflexions morales sur les quatre Évangiles, tome 1 p. 556-557

POUR ALLER PLUS LOIN...

  • Présentation de l'abbé de Rancé sur ce site
  • Réflexions morales sur les quatre Évangiles, ed. F. Muguet, Paris, 1699 . 3 parties en 4 vol., à télécharger sur le site de l'arccis
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