La Parole qui dit le FIls dans sa filiation
Chaque année, le dernier jour du temps de Noël célèbre le deuxième volet de l'Epiphanie, c'est-à-dire la manifestation, du Seigneur : le Baptême de Jésus, âgé d'une trentaine d'années, dans les eaux du Jourdain, par Jean le prophète baptiseur. Le récit en est donné dans les évangiles, avec quelques variantes dans la présentation, mais tous se concluent sur une phrase par laquelle le Père reconnaît publiquement que cet homme de Nazareth, prénommé Jésus, est "son Fils" - affirmation que seule la méditation croyante éclairera.
Comme prêtre et abbé, Dom André Louf a été amené à prononcer des homélies en cette circonstance, s'adressant à un auditoire dont il avait la charge spirituelle. Que dit le mystère célébré en ce jour pour notre relation à Dieu, notre vie quotidienne ? Voici deux extraits qui interrogent ce que le Baptême du Christ implique existentiellement pour nous aujourd'hui :
Du ciel une voix se fait entendre, car aucune Personne de la Trinité ne peut manquer en ce moment où Jésus prend toute sa mesure de fils d'homme et de Fils de Dieu, en ce moment où Dieu est pleinement révélé dans l'humble et royale nudité de son corps humain ; aucune personne de la Trinité ne peut manquer à cet événement, et c'est la voix du Père qui résonne et qui proclame solennellement l'origine divine et éternelle de Jésus, l'amour de son Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour. » Le mystère de Jésus, les origines de Jésus se confondent avec cette déclaration d'amour.
... La sainteté de Jésus a été parfaitement révélée et a trouvé son accomplissement. Et la possible sainteté de tout homme aussi, de tout croyant qui, à la suite de Jésus, entre dans le même baptême, nous est maintenant manifestée.
Le croyant vit sous un ciel ouvert. Il reçoit à chaque instant la force invincible de l'Esprit qui le conduit là où elle veut. Mais surtout, comme Jésus, inlassablement, insatiablement, il est à l'écoute de l'Amour, l'Amour du Père, du Père de Jésus et de son Père, car il porte le nom de fils de Dieu et il l'est en vérité. L'Amour du Père, un Amour incomparable, dons lequel tout autre amour, toute autre paternité ou maternité trouvent leur source et dont il sont un reflet lointain et imparfait. L'Amour du Père qui dès à présent nous enveloppe pour l'éternité, telle cette eau qui ruisselle sur le corps de celui qui remonte nu du Jourdain : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour. »
André Louf, Seul l'amour suffirait, Homélie pour le baptême du Seigneur, année A
Dans son baptême, Jésus se présente au milieu des pécheurs, il reçoit le baptême de conversion proclamé par Jean, alors que Lui-même était sans péché. Mais en descendant dans les eaux du Jourdain, il se charge de nos péchés, de toute la boue du monde, et remontant des eaux qui en sont purifiées, ce n'est pas une parole de condamnation ou de honte qui retentit, mais la voix du Père qui reconnaît publiquement que cet homme, ce Serviteur, est son Engendré, l'Aimé par excellence. Et en Lui, par la force du Mystère pascal qui s'inaugure publiquement, tout homme pourra se reconnaître enfant bien-aimé de Dieu, en s'inscrivant dans le sillage du Bien-Aimé par le baptême en son nom.
Dom André Louf revient sur cet aspect dans une homélie commentant le même texte dans la version de l'Evangile selon saint Luc:
C'était la toute première fois que la parole du Père résonnait ainsi sur la terre, mais non pas la dernière. Car elle ne résonnait pas uniquement pour Jésus, mais encore pour nous tous. Et ce baptême n'était pas non plus le dernier baptême, et ce n'était pas la dernière fois que le Saint Esprit viendrait demeurer sur un homme. Désormais, à l'occasion de chaque baptême, un homme naît fils de Dieu, fils d'adoption dans le Fils unique, chrétien en Jésus-Christ. Et dans le cœur de cet homme naît au même moment – c'est Saint Paul qui l'atteste – la réponse de ce fils nouveau-né à la déclaration d'amour du Père, et c'est le murmure de l'Esprit : « Abba, Père ! » (Rm 8,15).
« C'est toi, mon Fils, en toi est tout mon amour. Aujourd'hui, je t'ai engendré. » Jusque dans les siècles des siècles, ces quelques paroles du Père continuent à résonner au cœur de tous ceux qui ont été baptisés en Jésus. Elles y résonnent à tout instant et elles suffisent à tout jamais, car l'amour toujours suffit. Rien d'autre à faire qu'à les écouter longuement, et laisser l'Esprit leur répondre en nous : « Abba, Père, en tes mains j'abandonne mon esprit. »
André Louf, Heureuse faiblesse, Homélie pour le baptême du Seigneur, année C
POUR ALLER PLUS LOIN...
- André Louf, Seul l'amour suffirait. Commentaires d'Evangile pour l'année A, Desclée de Brouwer, Paris, 1983.
- André Louf, Heureuse faiblesse. Homélies pour les dimanches de l'année C, Desclée de Brouwer, Paris, 1997.