Evènements communautaires
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Sœur Marie de Jésus

Sœur Marie de Jésus DOUCET fut rappelée par le Seigneur à Lui en la nuit du 21 Novembre 2005, Fête de la Présentation de Marie. Elle avait 88 ans.

Née le 10 mars 1917 à Villeurbanne-sur-Rhône, elle connut vite l’épreuve puisqu’elle perdit son père alors qu’elle avait seulement un an. Elle parlait avec admiration de sa maman qui éleva seule ses 6 enfants tout en travaillant chez elle à des travaux de couture. A ses côtés, elle apprit la couture qu’elle faisait à la perfection.

Entrée au Monastère à l’âge de 20 ans en 1937, elle fit profession temporaire en 1939, profession perpétuelle en 1942 et solennelle en 1952. Durant sa longue vie monastique de 68 ans, elle accomplit des services très variés : maîtresse des novices, prieure, aide-infirmière, vestaire, chargée du troupeau de vaches, du standard et durant ses dernières années, l’artisanat de confection des tabliers provençaux.

Elle vécut deux longues années de dépendance avec grands courage, sérénité et abandon entre les mains des sœurs qui l’ont entourée avec beaucoup de bonté.

Elle savait ce qu’elle voulait et le manifestait bien. Mais elle mit ce trait de caractère au service du meilleur : on ne l’entendait jamais dire du mal de son prochain. Elle avait un grand amour envers la Communauté et affectionnait beaucoup la Liturgie où elle prit une part active. Elle avait une âme très secrète mais s’intéressait à tout ce qui se passait dans l’Eglise et dans le monde. Elle a gardé toute sa vie des liens profonds avec sa très nombreuse famille dont elle suivait avec attention l’accroissement et l’évolution. Sa dernière prière explicite la veille de sa mort fut envers le Père Cassant dont elle avait une reproduction devant elle. Elle laisse le souvenir d’une moniale très fidèle à ses engagements initiaux.

 

Homélie à l'occasion du décès de Sœur Marie de Jésus

Cette homélie a été prononcée par Dom André Barbeau o.c.s.o., abbé de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle, lors de la messe de funérailles de Sœur Marie de Jésus, le 23 novembre 2005.

Bien chères Sœurs,
Au début de l'année, je vous disais que si le Seigneur bénit les nouvelles vocations, il chérit doublement les anciennes. L'une d'entre vous, et c'était Sœur Marie de Jésus, m'avait dit : « Je ne suis pas de la maison, je ne suis pas stabiliée ici, j'ai ma stabilité… ». Elle s'était arrêtée, trahie par sa mémoire, puis elle avait ajouté : « J'ai ma stabilité au ciel et je vais y retourner, je vais y retourner ». Du premier au dernier jour de notre vie monastique, c'est elle qui a raison : nous n'avons pas notre stabilité ici, mais au ciel, et c'est là que nous comptons retourner. Voilà : ce retour vient de se faire pour notre Sœur, elle est chez elle, auprès de Marie et de Jésus.

Frères et Sœurs,
Les murs de la maison en Palestine n'étaient pas très solides et un voleur pouvait facilement les percer, si le maître de maison n'y faisait pas attention. Le mur du cœur de notre sœur n'était pas non plus bien épais et je crois que le Seigneur n'a pas eu de mal ni pour le percer à jour, à 20 ans, ni pour le ravir, ni pour l'attirer à lui durant ses 68 ans de vie monastique, ni pour le prendre enfin avec lui pour toujours.

Tenez-vous prêts, vient de nous redire la Parole de Dieu. Cette Parole est pour nous, car c'est nous qui sommes toujours surpris de voir partir l'un de nos frères ou l'une de nos sœurs, signe de notre attachement, de nos liens d'affection fraternelle qui fait que nous oublions que nous sommes d'une autre patrie, du ciel où nous allons retourner, comme disait Sœur Marie de Jésus.

Habile couturière, il y a bien longtemps qu'elle avait taillé et revêtu son tablier de service, un tablier de service porté, usé en de multiples emplois. Depuis deux ans, elle n'avait plus besoin de ce tablier : le Seigneur avait commencé à la parer d'un autre vêtement plus magnifique que tout ce qu'elle avait pu rêver de faire et de voir, un vêtement de noces éternelles. Bien plus, il lui a donné de se présenter devant lui en la fête de la Présentation de Marie, elle qui aura porté toute sa vie ce beau nom de cette Marie, la Marie de Jésus, et, comme Marie, notre Sœur était de Jésus. Tenez-vous prêts, dit Dieu. Quand on est de Jésus durant toute une vie, on est prêt … forcément.

Notre Sœur est partie vers le Père entre le Christ-Roi et le début d'un nouvel Avent, en cette toute fin de l'année liturgique. Arrêtons-nous un instant à ce signe, car il est de Dieu pour nous. Comme Saint Benoît vivant une profonde union à Dieu par la prière et par le cœur n'avait plus recours au soutien des formes extérieures, aux heures de l'Office et de la liturgie au point de ne pas savoir que c'était le jour de Pâques quand on le retrouva dans son désert, je crois que notre sœur ne savait pas non plus très bien quel jour on se trouvait quand est venu le jour de Pâques pour elle, le jour pascal de sa dernière communion dans cette maison. La vie spirituelle n'est pas seulement la présence consciente à l'Autre, c'est aussi l'abondon confiant à Lui quand nos forces nous quittent peu à peu, que nos activités se réduisent et que notre prière n'est plus que le Souffle de Dieu qui prie en nous.

Et puis Saint Benoît avait vécu deux longues années dans un lieu insolite, véritable adorateur en esprit et en vérité. Les deux dernières années de notre Sœur Marie de Jésus se terminent aussi dans un lieu insolite ce matin : l'église d'hier n'existe plus, celle de demain n'est pas encore prête, nous voilà ramenés aux adorateurs en esprit et en vérité capables de trouver et louer Dieu en tout lieu, y compris dans un noviciat, lieu par excellence des commencements nouveaux. Il fallait bien une ancienne pour nous redire en cet instant que, si le cadre liturgique, si l'architecture de notre monastère sont importants dans notre vie personnelle et communautaire, ils ne sont jamais que des moyens. Le Seigneur nous appelle à le suivre avant tout dans une relation vivante avec lui, là où le temps et l'espace ne se mesurent ni aux heures ni aux lieux réguliers, mais en amour et en adoration.

C'est le mystère de la vie cachée de notre Sœur avec son Seigneur : sa rencontre de Dieu, portée en elle presqu'à la manière d'un secret, sans savoir ni à qui ni comment le dire. Le tabier de tous les services aura été longtemps sa manière de dire le secret de sa vie donnée à Dieu et à ses sœurs. L'attachement à chaque membre de sa famille aura été sa manière de révéler aux siens quelque chose de la tendresse de Dieu dans sa vie.

C'est ce que nous célébrons ensemble ce matin auprès d'elle et pour elle dans cette Eucharistie, en l'entourant encore une fois de notre affection et de notre prière.

 

Sœur Maria

En ce début du Temps de l’Avent, tandis que la Communauté célébrait l’Eucharistie, Sœur Maria PEK nous quittait doucement pour répondre à l’appel de son Seigneur, une semaine jour pour jour après notre Sœur Marie de Jésus. Elle avait 89 ans.

Sr Maria est née est née à Heunigsotorf, en Pologne le 3 septembre 1916. A 19 ans, la belle jeune fille - que l’on peut découvrir sur le passeport de l’époque - quitte sa Pologne natale qu’elle ne reverra jamais. Elle rejoint Marseille pour entrer chez les Sœurs de Marie-Immaculée où quelques sœurs de son pays se trouvent déjà. De 19 ans à 28 ans, elle s’occupe avec entrain des enfants sourds-muets confiés à l’apostolat de la Congrégation. De cette période de jeunesse dans la vie religieuse, Sr Maria gardait un merveilleux souvenir. Elle y fit profession le 19 mars 1937. Mais une autre vocation habitait son cœur, presque depuis le début : le désir d’une vie totalement consacrée à la vie contemplative. Elle dût prendre patience jusqu’à ce qu’elle eut la permission de rejoindre la Trappe de Maubec. « Je m’y sentis tout de suite à l’aise », disait-elle. Elle prit l’habit de l’Ordre le 18 mai 1944 et fit profession perpétuelle le 21 novembre 1945. Entrée comme sœur converse, elle eut la joie de devenir moniale de chœur en 1966 : l’Office était pour elle un véritable bonheur, Office qu’elle assura avec une extraordinaire fidélité jusqu’à l’extrême limite de ses forces.

Sr Maria remplit diverses tâches pour le service de sa communauté : sous-maîtresse des sœurs converses, sous-maîtresse des novices de chœur, sacristine de nombreuses années – service qu’elle accomplit avec beaucoup de soin –, vestiaire, réfectorière et le jardin jusqu’à ces dernières années. D’un caractère très autonome, elle accomplit toutes ces obédiences avec grande minutie, dans un esprit de silence et de prière et avec un grand amour envers ses sœurs.

Sr Maria laisse le souvenir d’une moniale profondément pieuse. Ce n’est pas seulement aux Offices qu’elle se révélait femme de prière mais aussi au cœur de son travail, s’entretenant familièrement avec le Seigneur. Elle avait une grande capacité d’admiration et d’émerveillement pour la nature, pour tout ce qu’elle découvrait, pour toutes ses sœurs sans exception, et plus que tout pour le Seigneur Bien-aimé qui avait conquis très tôt son cœur et qui fut la passion de toute sa vie. C’est pour répondre à cet appel amoureux qu’elle quitta non seulement son pays, mais aussi sa mère adoptive, son unique famille.

 

Homélie à l'occasion du décès de Sœur Maria

Cette homélie a été prononcée par Dom André Barbeau o.c.s.o., abbé de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle, lors de la messe de funérailles de Sœur Maria, le 29 novembre 2005.

Bien chères Sœurs,

Sœur Maria avait des mots exquis parfois pour dire ce qu'elle ressentait et vivait parmi vous ses soeurs : "je me languis de la communauté". Elle se languissait de vous depuis que la maladie l'avait contrainte à vivre davantage en cellule. La solitude aura été la grande épreuve de sa vie humaine et monastique, l'épreuve qui l'aura transformée en lui révélant ce que le Seigneur destine aux tout-petits. Au fil des années, Sœur Maria avait appris à aimer sa solitude pour Dieu ; elle ne cherchait pas à s'y soustraire, à la contourner, à la fuir. Bien au contraire, pour elle, la solitude n'était pas un mal dont on doit à tout prix se prémunir et guérir, mais une épreuve qui, à la manière de toutes les épreuves initiatiques, éveille le cœur et l'esprit à une autre dimension, à une autre présence. Sinon comment aurait-elle pu dire et prier en vérité ces versets du psalmiste : "Ton amour vaut mieux que la vie" ou encore "Je n'ai pas d'autre bonheur que toi"? Habiter avec soi-même, mener la vie monastique, c'est s'engager dans une voie initiatique, celle de la solitude qui nous conduit à notre naissance en Dieu. Sœur Maria a dû rencontrer sur ce chemin la souffrance qui nous enlève toutes nos certitudes, nos fausses illusions, nos apparences trompeuses, et nous apprend peu à peu ce silence profond et vrai qui n'est pas qu'une absence de mots mais "la joie, le cri de joie, la louange sur les lèvres" sans mots, ce qui vient "de l'être intérieur renouvelé de jour en jour".

La voie pour arriver à cela, dans la tradition cistercienne, c'est la voie de la solitude cénobitique. Notre solitude se vit dans l'amour fraternel. Tout simplement parce que l'amour de Dieu ne peut pas arriver à maturité s'il ne se nourrit pas de l'amour des sœurs. "Je me languis de la communauté", disait votre Sœur car c'est dans la vie en communauté qu'elle trouvait sa nourriture, elle qui n'était pas venu au monastère pour s'occuper d'elle ou pour faire sa volonté, mais pour se livrer, se remettre entre les mains de Dieu et pour vivre dans la confiance en Dieu et en ses sœurs. Elle l'a fait de manière admirable en restant toujours petite aux yeux des autres, mais grande aux yeux de Dieu qui a toujours un faible pour les petits.

En regardant Sœur Maria, aujourd'hui, en nous rappelant ce que cela pouvait représenter pour une jeune femme au temps de la guerre, de quitter les siens et son pays, de renoncer à sa culture et à sa langue, pour venir chercher et servir Dieu auprès des autres, en une terre inconnue, nous pouvons dire nous aussi au Seigneur : "J'ai vu ta force et ta gloire". Ta force qui s'est déployée dans le corps frêle et menu de ce tout petit bout de femme, ta force intérieure qui lui aura donné d'être une priante jusqu'au bout. Et ta gloire : car le Royaume de Dieu s'est manifesté, a avancé dans cette communauté par la présence de cette sœur.

Le 21 novembre dernier, c'était le 60e anniversaire de sa profession solennelle au sein de votre communauté. Avec la mort de Sœur Marie-de-Jésus survenue ce jour-là, cet anniversaire aura passé inaperçu. Maintenant elles se retrouvent toutes deux là où ce qui ne se voit pas est éternel.

Il me semble entendre Sœur Maria commencer par un cri de joie : c'est formidable ! Et puis au bout d'un certain temps, je suis sûr qu'elle dira à nouveau : "je me languis de la communauté". Serait-ce qu'en paradis, auprès de Dieu, elle continue de vivre en moniale et que sa solitude ne sera achevée que lorsque toutes ses sœurs l'auront rejointe ? En attendant cet avènement, ce jour qui viendra, la voilà, elle, la silencieuse, qui reste des heures à Lui parler, de Lui, de son amour pour Lui bien sûr, mais aussi de vous, de son amour pour vous, ses sœurs bien aimées.

Nous prions le Seigneur pour qu'il vienne bientôt et qu'il naisse en nous. Et voilà qu'il est venu et qu'il a voulu une autre nativité : il a fait naître notre sœur Maria en lui pour toujours…

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Profession solennelle PDF Imprimer Email

Sœur Bénédicte de la Croix (Catherine Avon) a fait profession solennelle le 3 décembre 2006, premier dimanche de l'Avent.

Cette page est en cours de construction. Nous vous prions de bien vouloir nous en excuser.

 
Profession temporaire PDF Imprimer Email
«Que le Seigneur achève en toi l’œuvre qu’Il a entreprise. Maintenant, je t’invite à faire ta promesse et je te reconnais comme professe de l’Ordre sous le nom de Sœur Maria.»

Sœur Maria a fait profession temporaire pour un an le 8 septembre 2006, en la fête de la Nativité de Notre-Dame.

Profession temporaire, mais déjà un tournant important dans la vie monastique, tant pour celle qui fait profession que pour la communauté qui l'accueille. C'est un premier engagement, bilatéral. Il ne s'agit plus de découvrir, mais de s'engager ; il ne s'agit plus d'accueillir, mais d'incorporer. La communauté a rendu son vote : elle accepte la promesse de Sœur Maria, elle s'engage avec elle. Désormais, Sœur Maria est professe de l'Ordre.

«Que demandes-tu ?»
«La miséricorde de Dieu et celle de l’Ordre.»
«Lève-toi au Nom du Seigneur !»

La profession monastique n'est pas un sacrement, elle est continuité du baptême. La professe ne fera que vivre en chrétienne. Mais tout est dans ce «que». Faire profession, c'est d'une certaine façon faire vœu de baptême, de laisser jaillir en soi la source jaillissante dont on a été ondoyé. Ne faire que cela, n'être que cela : enfant de Dieu. Pas plus ni moins, mais intensément. S'engager dans la vie monastique, c'est s'engager à devenir un «explorateur curieux» de la Grâce (Saint Bernard).

«T’engages-tu librement aujourd’hui à poursuivre ta marche à la suite du Christ en promettant selon les Constitutions de l’Ordre cistercien de la Stricte Observance, obéissance, stabilité, et conversion de vie ?»

La profession nous condamne librement à vivre, à être des vivantes, de vraies vivantes. Choisir la vie, ce n'est pas facile, il a fallu s'y préparer. Faire profession, c'est s'engager à refuser les choix mortifères, et la conversion de vie n'est autre que cet réponse à l'appel de Dieu : «Choisis la vie !» La communauté est ce lieu concret d'exercice de la liberté, lieu de guérison et de transformation à la mesure de l'implication que l'on y met.

«Acceptes-tu d’être formée par l’Esprit-Saint et par la Parole, dans la Vie Liturgique et le souvenir incessant de Dieu ?»

C'est là le cœur de toute vie monastique : la rencontre de Dieu. Mais ce n'est pas la moniale qui en est l'actrice ; Dieu seul prend des initiatives, à nous d'y répondre. Il nous cherche bien plus que nous ne pouvons Le chercher, et être disciple consiste avant tout à Lui faire confiance, à Le laisser agir : «Fais-lui confiance, et Lui, il agira», dit le Psalmiste.

«Seigneur, Notre Dieu, regarde notre Sœur Maria avec bienveillance : elle veut aujourd’hui devant l’Eglise se consacrer à toi dans la vie monastique sous la Règle de Saint Benoît. Que sa fidélité à ton service rende Gloire à ton Nom et serve au salut du monde. Par Jésus le Christ Notre Seigneur.» Amen.
 
Entrée au postulat PDF Imprimer Email

Entrer au monastère, que cela signifie-t-il ?

Tout d'abord, il y a «entrer». Passer d'un espace ouvert et indéterminé à un lieu délimité par une frontière, laquelle a été ouverte. Quand on entre dans une maison, on passe du vaste monde à un lieu clos par des murs et un toit, par une porte qui a été ouverte pour l'occasion. Mais voilà qu'à l'abbaye, la porte ne s'ouvre pas sur une pièce, elle ne donne pas même dans l'église. Non, elle ouvre sur le cloître, cet espace délimité mais incirconscrit, puisqu'ouvert sur le ciel. C'est l'un des nombreux paradoxes de la vie monastique : en entrant en clôture, on entre en liberté.

Entrée de Claire, le 26 novembre 2006, en la Solennité du Christ Roi de l'Univers

Que demandes-tu ?

La miséricorde de Dieu et celle de l'Ordre.
Je demande à me mettre à l'école du Seigneur à la suite de Saint Benoît et de nos Pères de Cîteaux en cette Abbaye Notre-Dame de Bon Secours.

Mais on n'y entre pas seule : monastère signifie «maison des moines». On s'insère donc dans une communauté, qui a une histoire et est rattachée à une Tradition. On ne rentre pas non plus par effraction : l'entrée n'est possible que parce que la communauté ouvre la porte et accueille. Ce faisant, on reconnaît dans les sœurs un visage de Dieu qui nous aidera à Le rencontrer par-delà les inévitables frottements de caractère. Plus encore, on reconnaît dans l'abbesse celle qui, dans la foi, profère la Parole que Dieu veut dire sur chacune. «Père, Mère, dis-moi une parole» était la phrase introductive à toute conversation spirituelle pour les premiers moines, au désert d'Egypte.

Entre !

La communauté t'accueille.

Si l'on rentre, c'est que tout le monde ne rentre pas, et certains resteront même sur le pas de la porte : parents, frères et soeurs, amis. On laisse aussi derrière soi un chez-soi, un métier, des collègues, une manière de vivre … Il y a des liens qui sont définitivement tranchés, et d'autres qui sont appelés à changer de dimension. Est tranché tout ce qui relève du matériel, du contingent : logement, travail, habitudes. Mais les affections sont revisitées et vécues différemment, la proximité spirituelle et la prière permettent bien souvent une profondeur de relation insoupçonnée jusqu'alors. Si les six premiers mois sont sans visite afin que chacun intègre la nouvelle situation, des visites pourront ensuite être reçues, qui permettront d'incarner cette situation relationnelle autre.

Puis la porte sera fermée, scellant l'entrée. C'est le début du postulat, ce temps où le désir de la vie monastique se concrétise, puisqu'on la vit intégralement, mais où la jeune entrante doit toujours discerner plus profondément, accompagnée en cela par son abbesse et la maîtresse des novices, si ce chemin qu'elle prend est bien celui par lequel son désir peut rejoindre celui de Dieu. Et le critère est simple : est-elle heureuse de sa nouvelle vie ? et surtout devient-elle plus libre, entre-t-elle dans la liberté profonde du Christ ?

«Quel est l'homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux?» Que si, à cette demande, tu lui réponds : «C'est moi», Dieu te réplique : «Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse; détourne-toi du mal et fais le bien; cherche la paix avec ardeur et persévérance. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant même que vous ne m'invoquiez, je vous dirai: "Me voici".» Quoi de plus doux, mes frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite? Voyez comme le Seigneur lui-même dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.
Règle de Saint Benoît, Prologue.
 
Dédicace de l'Eglise PDF Imprimer Email

Suite à des vices de construction, notre précédente église a dû être démolie et reconstruite. La Dédicace du nouveau Sanctuaire a eu lieu le 23 septembre 2006, en présence de Monseigneur Cattenoz, archevêque d'Avignon, de Monseigneur Guillaume, évêque émérite de Saint Dié des Vosges et aumônier du monastère, de Dom Georges Guignand, supérieur de l'Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle, de Dom Santiago, représentant de l'Abbé Général, de bien d'autres membres de l'Ordre, et de tous ceux qui ont bien voulu s'associer à cette célébration.

nouvelle église

 

Pourquoi construire une église ?

On ne construit pas une église pour faire beau : ce n'est pas une oeuvre d'art. On ne construit pas une église pour faire bien : ce n'est pas une oeuvre de tradition. On ne construit pas une église pour s'y sentir bien : ce n'est pas un lieu psychologique.

On construit une église lorqu'une communauté de personnes veut s'y rassembler pour célébrer Dieu. Le bâtiment est ordonné, dédié à la Liturgie qui va s'y dérouler, et cette prise de possession à la fin du chantier, cet acte donneur de sens, c'est la Dédicace.

L'église dans une abbaye

L'église conventuelle est le lieu dans lequel les moniales passent environ 5 heures par jour. Elles y prient silencieusement dans le sanctuaire de leur cœur ; elles y chantent la Liturgie des Heures sept fois (six le jour et une la nuit) en communauté ; elles participent activement à la célébration de l'Eucharistie, qui, par la communion au Corps et au Sang du Christ, nous unit en un seul Corps, l'Eglise, dont le Christ est la Tête et la pierre de fondation (Saint Paul).
L'Eglise est donc le sanctuaire de pierre qui, par la liturgie chantée communautairement, nous ouvre le sanctuaire de nos cœurs dans lequel chacun célèbre sa liturgie intérieure qui l'unit à la liturgie céleste.
Tous ces sens sont repris et manifestés par la liturgie même de la Dédicace.

L'église, lieu de prière

«Aujourd'hui le peuple des fidèles, dans une liturgie de fête, désire te consacrer pour toujours cette maison de prière où il viendra t'adorer, s'instruire de la parole et se nourrir de tes sacrements.»
extrait de la grande prière de dédicace

C'est la fonction primordiale du bâtiment église : être un lieu de relation à Dieu. Relation qui s'exprime dans une triple dimension : adoration de Dieu source de tout, à laquelle nous conduit la Parole reçue qui nous révèle Dieu, et à laquelle les sacrements nous disposent.
Par son architecture et son aménagement, le bâtiment veut nous introduire aux «mystères divins», pour reprendre la vieille expression. Il ne s'agit pas d'un savoir ésotérique qui cherche des symboles accessibles aux seuls initiés, mais de mettre un lieu au service de la relation de chaque personne à Dieu. C'est ainsi que les bâtisseurs de cathédrales se servirent des fenêtres pour illustrer des scènes de la vie du Christ à l'aide de vitraux, permettant ainsi à des personnes ne sachant pas lire d'avoir accès à l'Ecriture.

L'église, porte du Paradis ?

Chaque personne est un Temple de Dieu

L'église de pierre, image de l'Eglise

L'Eglise, lieu privilégié de la rencontre de Dieu

L'église n'est pas un centre de prosélytisme

Que monte devant toi, Seigneur, notre prière,
comme la fumée de cet encens,
et comme son parfum dans cette demeure,
que ton Eglise répande par le monde
la joie et la grâce du Christ.

L'église n'est pas un centre de prosélytisme, le lieu d'une argumentation ou d'une propagande, et pourtant elle a une dimension missionnaire. Lieu ouvert, elle accueille ceux qui entrent par son silence, sa pénombre parfois. Réalisation humaine, quand l'homme se retire, elle laisse percevoir une présence, un Autre qui nous accueille, qui nous attend.
Si une église est grande, ce n'est pas tant pour nous impressionner que pour nous dire quelque chose de la grandeur de Dieu ; si elle est sombre, ce n'est pas pour nous étouffer, mais pour nous convier à entrer dans l'épaisseur du mystère de Dieu.

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