Histoire de la famille cistercienne

L’appel

Sur le bord du lac de Galilée, André et un ami, tous deux disciples de Jean le Baptiste, voient passer Jésus, et aussitôt ils lui demandent où il habite. Jésus leur dit simplement : « Venez et voyez », ils le suivirent et restèrent ce jour-là avec lui.
Dans sa brièveté et sa simplicité évangélique, c’est l’histoire de tous les appels, de toutes les rencontres. Jésus appelle sans cesse, il faut l’écouter et être bien disposé pour lui répondre. Celui ou celle qui se présente au monastère a entendu la voix de Jésus et cherche, même maladroitement, à lui répondre. C’est une démarche toujours très positive et qui est accueillie avec le plus grand sérieux. On ne peut dire que « Venez et voyez ».

Il y eut un homme, Benoît de Nursie

Benoît est un jeune Romain qui s’enfuit dans la solitude pour mieux trouver Dieu. Cela se passait en Campanie, au VIème siècle.
Après une forte expérience érémitique et un long combat dans la vie cénobitique, il écrit une Règle pour ses disciples. La règle bénédictine devint la norme à partir du VIIIème siècle pour tous les chercheurs de Dieu et elle s’imposa définitivement en Occident.

La réforme cistercienne

La réforme cistercienne est une tentative de relecture de la règle bénédictine à la fin du XIème siècle. Elle est caractérisée par un retour aux origines et une grande ferveur, comme pour tous les mouvements religieux de l’époque.
Ce sont trois moines bénédictins, Robert, Albéric et Etienne, qui quittent leur monastère avec quelques autres compagnons pour vivre une vie de réelle solitude et de silence, une vie de travail et de grande pauvreté. Après des débuts difficiles vers 1098, ces chercheurs de Dieu voient leur nombre s’accroître et aux XIIème et XIIIème siècles l’Europe se couvre de monastères peuplés de moines et de moniales en habit blanc.
Trois hommes, assoiffés d’absolu et peu considérés par tant, furent donc à l’origine de ce renouveau de la vie monastique. Ils ne firent rien de neuf : ils voulurent retrouver la rigueur de vie originelle de leur règle. Dans le silence et la discrétion, ils voulurent faire du neuf, mais cela n’alla pas sans vague.

Saint Bernard

Bernard de Fontaines est un jeune homme issu de la noblesse bourguignonne, qui entre tout jeune au monastère de Cîteaux, en 1112, avec un groupe de jeunes gens de ses parents et de ses amis.
Il veut vivre la vie bénédictine dans toute son exigence cistercienne. Mais très vite l’abbé Etienne l’envoie fonder son propre monastère : ce sont les débuts de Clairvaux en 1115 et le commencement d’une aventure monastique de profonde recherche de Dieu.
Elle se double, très tôt, d’un engagement ecclésial au service de la Papauté, qui le mène sur les routes de l’Europe. En même temps, il voit son monastère se déployer en France d’abord, puis en Angleterre, en Espagne puis au Portugal spécialement. Le nombre de ses fondations témoigne de la réussite cistercienne dans la société occidentale des années 1140.
Bernard est un orateur né qui séduit ses divers auditoires et un écrivain de grand talent qui a laissé une œuvre considérable en latin, où perce son art épistolaire et son ardent amour de Dieu, de l’Eglise et de son Ordre.
Il meurt à Clairvaux en 1152 au terme d’une vie bien remplie, dont l’idéal premier ne s’est jamais démenti.

La réforme trappiste : quelle aventure !

La Révolution de 1789 allait détruire la vie monastique française dans son ensemble. Il revient à un cistercien français de l’avoir compris d’avance et d’avoir pris quelques dispositions en conséquence pour sauver ce qui pouvait l’être d’une tradition remontant à Citeaux (1098), mais bien au-delà jusqu’à Saint Martin de Tours, Césaire d’Arles et Honorat de Lérins.
Au sortir de la Révolution, Augustin de Lestrange essaya donc de réorganiser la vie monastique cistercienne tant pour les hommes que pour les femmes. Il y parvint après bien des péripéties, mais l’Ordre qu’il constitua fut marqué par sa personnalité intransigeante et complexe, et a aussi influencé le climat de restauration dans l’Eglise et la société française (1815).
Il en résulte une vie cistercienne marquée par une observance très stricte de la Règle de Saint Benoît, une importance considérable accordée à la vie ascétique, une accumulation de prières et un travail manuel très rude. L’esprit cistercien médiéval était un lointain souvenir.
Mais le XXème siècle et spécialement l’impact de la deuxième guerre mondiale ont fait évoluer la vie cistercienne trappiste. Dès lors, la recherche d’une vie spirituelle plus profonde non liées à de minutieuses observances, l’attention portée aux personnes, une participation réelle à l’organisation du monastère, un intérêt et une connaissance plus grande de l’ordre avec une circulation convenable de l’information, tout cela a conduit à la réforme trappiste dans les années 60, vers un aggiornamento possible, une sorte de refondation.

Aujourd’hui : l’ordre cistercien de la stricte observance (O.C.S.O.)

Dans l’Ordre Cistercien Trappiste, ou Ordre Cistercien de la Stricte Observance, on assiste aujourd’hui à une mutation qui a débuté il y a environ 40 ans et qui se poursuit irréversiblement, bien qu’en douceur.
Pour l’essentiel, les caractéristiques en sont triples. C’est d’abord la mondialisation du charisme cistercien : il y a, en effet, des monastères dans tous les continents, et c’est en même temps une certaine forme de démocratie qui s’iompose avec la représentation de tous dans les grandes instances de l’Ordre.
Un autre aspect de la mutation au sein du groupe dit «trappiste», c’est la volonté très délibérée de reconstruire la grande famille cistercienne que 900 ans d’histoire ont malmenée et scindée. Cela s’exprime dns une nouvelle manière d’être cistercien, faite de plus de tolérance, de respect des appels particuliers et l’accent renforcé sur une recherche de Dieu primordiale face à tous les affairismes et à toutes les déviances loin de l’esprit de Saint Benoît et de sa Règle. Enfin, le dernier point à souligner est l’insistance mise ces 10 dernières années sur une recherche de Dieu dont l’authenticité passe par une réelle communion entre les membres d’une même communauté et aussi bien entre les membres de diverses communautés répandues à travers le monde, ce que l’on aime à traduire par une spiritualité de communion. Cela veut être une manière nouvelle et toute relationnelle de traduire pour ce temps le charisme cistercien.
Ce sont bien les trois grands axes qui caractérisent le mieux l’évolution de l’Ordre Cistercien Trappiste dans toutes les dernières décennies et lui donnent un fondement évangélique et ecclésial indéniable.