Entrée au postulat

Entrer au monastère, que cela signifie-t-il ?

Tout d’abord, il y a « entrer ». Passer d’un espace ouvert et indéterminé à un lieu délimité par une frontière, laquelle a été ouverte. Quand on entre dans une maison, on passe du vaste monde à un lieu clos par des murs et un toit, par une porte qui a été ouverte pour l’occasion. Mais voilà qu’à l’abbaye, la porte ne s’ouvre pas sur une pièce, elle ne donne pas même dans l’église. Non, elle ouvre sur le cloître, cet espace délimité mais incirconscrit, puisqu’ouvert sur le ciel. C’est l’un des nombreux paradoxes de la vie monastique : en entrant en clôture, on entre en liberté.

Entrée de Claire, le 26 novembre 2006, en la Solennité du Christ Roi de l'Univers

Que demandes-tu ?

La miséricorde de Dieu et celle de l’Ordre.
Je demande à me mettre à l’école du Seigneur à la suite de Saint Benoît et de nos Pères de Cîteaux en cette Abbaye Notre-Dame de Bon Secours.

Mais on n’y entre pas seule : monastère signifie « maison des moines ». On s’insère donc dans une communauté, qui a une histoire et est rattachée à une Tradition. On ne rentre pas non plus par effraction : l’entrée n’est possible que parce que la communauté ouvre la porte et accueille. Ce faisant, on reconnaît dans les sœurs un visage de Dieu qui nous aidera à Le rencontrer par-delà les inévitables frottements de caractère. Plus encore, on reconnaît dans l’abbesse celle qui, dans la foi, profère la Parole que Dieu veut dire sur chacune. « Père, Mère, dis-moi une parole » était la phrase introductive à toute conversation spirituelle pour les premiers moines, au désert d’Egypte.

 

Entre !

La communauté t’accueille.

Si l’on rentre, c’est que tout le monde ne rentre pas, et certains resteront même sur le pas de la porte : parents, frères et soeurs, amis. On laisse aussi derrière soi un chez-soi, un métier, des collègues, une manière de vivre… Il y a des liens qui sont définitivement tranchés, et d’autres qui sont appelés à changer de dimension. Est tranché tout ce qui relève du matériel, du contingent : logement, travail, habitudes. Mais les affections sont revisitées et vécues différemment, la proximité spirituelle et la prière permettent bien souvent une profondeur de relation insoupçonnée jusqu’alors. Si les six premiers mois sont sans visite afin que chacun intègre la nouvelle situation, des visites pourront ensuite être reçues, qui permettront d’incarner cette situation relationnelle autre.

Puis la porte sera fermée, scellant l’entrée. C’est le début du postulat, ce temps où le désir de la vie monastique se concrétise, puisqu’on la vit intégralement, mais où la jeune entrante doit toujours discerner plus profondément, accompagnée en cela par son abbesse et la maîtresse des novices, si ce chemin qu’elle prend est bien celui par lequel son désir peut rejoindre celui de Dieu. Et le critère est simple : est-elle heureuse de sa nouvelle vie ? et surtout devient-elle plus libre, entre-t-elle dans la liberté profonde du Christ ?

« Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ? » Que si, à cette demande, tu lui réponds : « C’est moi », Dieu te réplique : « Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, interdis le mal à ta langue et à tes lèvres toute parole trompeuse; détourne-toi du mal et fais le bien; cherche la paix avec ardeur et persévérance. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prières, et avant même que vous ne m’invoquiez, je vous dirai: « Me voici ». » Quoi de plus doux, mes frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voyez comme le Seigneur lui-même dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie.
Règle de Saint Benoît, Prologue.